CAN 2025 : l’ironie du sort frappe le Sénégal

Lundi 23 Mars 2026 14:56

La disqualification du Sénégal à la CAN 2025 réveille le souvenir de 2017, quand le même règlement lui avait pourtant souri.


En 2017, les Lions de la Teranga avaient pourtant bénéficié d’une décision inverse : la reprise d’un match des éliminatoires du Mondial 2018, plusieurs mois après les faits, leur avait finalement ouvert la voie du tournoi en Russie.

Ironie du sort pour le Sénégal. Huit ans après avoir profité d’une décision tardive mais favorable dans les éliminatoires du Mondial 2018, les Lions de la Teranga subissent cette fois la rigueur du même règlement. Près de deux mois après la finale de la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a prononcé leur disqualification, invoquant l’article 82 de son code disciplinaire. Si la décision respecte les délais légaux, elle soulève un débat brûlant sur la constance des critères disciplinaires et la cohérence des décisions au sommet du football africain.
 
Une finale sous haute tension

La finale de la CAN 2025, disputée au Maroc, opposait le pays hôte au Sénégal. Dans les dernières minutes du temps réglementaire, un penalty accordé au Maroc a provoqué une vive contestation du côté sénégalais. Une grande partie des joueurs des Lions avait quitté la pelouse sur instruction du staff technique, interrompant la rencontre pendant plus d’un quart d’heure. Au même moment, des supporters sénégalais avaient lancé des projectiles sur le terrain, aggravant la confusion. Considérant ces incidents comme graves, la CAF s’est appuyée sur l’article 82 de son code disciplinaire pour prononcer la disqualification du Sénégal.
 
Une sanction dans les délais, mais controversée

Certains observateurs dénoncent une décision tardive ou politique. Pourtant, la CAF rappelle qu’elle disposait d’un délai de 60 jours pour statuer. La sanction, tombée au 58ᵉ jour, respecte donc strictement le cadre réglementaire. Mais au-delà des textes, c’est le sentiment d’un traitement différencié qui alimente la polémique. Les partisans du Sénégal évoquent un deux poids, deux mesures, renforcé par le souvenir du précédent de 2017.
 
Le précédent de 2017 : quand la balance penchait du côté sénégalais

En novembre 2016, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2018, le Sénégal s’était incliné (2-1) en Afrique du Sud. Quelques mois plus tard, la FIFA avait annulé le résultat après avoir reconnu la manipulation du match par l’arbitre ghanéen Joseph Lamptey, radié à vie pour corruption. Le match fut rejoué en novembre 2017, presque un an après la rencontre initiale, et le Sénégal l’avait emporté, décrochant ainsi sa qualification pour le Mondial russe. Cette décision, pourtant prise bien au-delà des délais habituels, avait été perçue comme un acte de justice.
 
Le Burkina Faso, déjà lésé à l’époque

Le Burkina Faso, alors bien placé dans le même groupe, avait accusé la FIFA de fausser l’équité de la compétition. Sa fédération arguait que la reprise du match violait les règles disciplinaires et les principes d’équité sportive. Malgré ces protestations, les instances internationales avaient maintenu leur position, estimant que la corruption arbitrale constituait un cas exceptionnel justifiant la reprise.
 
Deux affaires, deux lectures

Aujourd’hui, le parallèle frappe les esprits : en 2017, une décision lourde avait été rendue plusieurs mois après les faits au bénéfice du Sénégal ; en 2025, une sanction tout aussi lourde survient dans les délais, mais au détriment de la même sélection. Pour certains, cette différence souligne le caractère variable, et parfois politique, des décisions dans le football africain. Pour d’autres, les deux cas restent incomparables : dans le premier, c’est un arbitre fautif ; dans le second, une équipe jugée responsable de son propre comportement.
 
Entre droit, équité et crédibilité

Ces affaires montrent à quel point il est difficile pour les instances du football africain de trouver le juste équilibre entre application des règles, justice sportive et confiance du public. Les textes précisent les délais et les procédures, mais ils ne suffisent pas toujours à convaincre que les décisions sont justes pour tous.

En Afrique, où le football dépasse le simple sport pour devenir un symbole d’identité et de fierté nationale, chaque sanction ou verdict prend une dimension émotionnelle forte. Chaque décision devient alors une épreuve de crédibilité pour la CAF.

La question est simple : l’institution saura-t‑elle tirer les leçons de ces polémiques pour gagner en transparence et en cohérence, ou laissera-t‑elle les soupçons d’arbitraire continuer à ternir l’image du football africain ?

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan